
L’automne commence à peine et, bientôt, les arbres vont accomplir sous nos yeux un geste assez extraordinaire : ils vont laisser tomber ce qui les a nourris pendant des mois. Leurs feuilles ont capté la lumière, fabriqué l’énergie dont ils avaient besoin, offert de l’ombre, permis leur croissance. Elles ont été précieuses. Et pourtant, l’arbre ne tente pas de les retenir sous prétexte qu’elles lui ont été utiles. Lorsque leur cycle est terminé, il les laisse partir.
Nous avons parfois beaucoup plus de difficulté à faire la même chose. Nous nous accrochons à des façons de faire, des projets, des rôles, des relations, des rêves même, simplement parce qu’ils ont compté. Comme si reconnaître qu’une chose n’a plus sa place aujourd’hui revenait à nier la valeur qu’elle a eue hier. Mais tout ce qui a été juste pour nous n’est pas nécessairement destiné à le rester. Certaines choses accomplissent leur œuvre dans notre vie… puis vient le moment de les laisser tomber.
Peut-être est-ce l’une des invitations les plus subtiles de l’automne : regarder ce qui est encore vivant en nous et ce qui ne l’est plus. Non pas pour faire le vide à tout prix, mais pour cesser de retenir ce qui a terminé son cycle.
L’arbre ne sait pas encore quelles feuilles pousseront au printemps prochain. Il sait seulement qu’il ne peut pas accueillir le nouveau en s’accrochant indéfiniment à l’ancien.
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